CRÉATION 2013

E. IONESCO
La Cantatrice chauve

Mise en scène : David Chic

 

Sélection Festival de Josselin 2014

Sélection Festival de Kerhervy 2014

Résumé

Cette première pièce d’Eugène Ionesco est un bijou de phrases pour ne rien dire, de convictions sans intérêt, de certitudes aux pieds d’argile. Dans cet univers absurde où, suffisants d’eux-mêmes, M. et Mme Smith assènent leurs vérités ineptes, d’autres personnages, tout aussi curieux, vont se croiser et s’entremêler. Les époux Martin qui s’aperçoivent, chez leurs amis, qu’ils forment un couple, la bonne et son amant le Pompier qui voudront rivaliser d’anecdotes plus insensées les unes que les autres, tout cela rythmé par une bien étrange pendule. Mais est-ce encore une pendule ?

Avec

Marie-Laure Malouines (Mme Smith)
Alain Vervault (M. Smith)
Gwenola Espaze (Mme Martin)
Yves Lebouché (M. Martin)
Olivia Delanoy (Mary, la bonne)
Jean-Marie Le Clerre (Le capitaine des pompiers)
Ronan Lecorveck (La pendule)

Mise en Scène:
David Chic
Costumes:
Anne Le Joubioux
Mise en lumières:
Stéphane Le Briand
Décors:
Gilles Le Floc’h

Scénographie

Au fil des scènes, les comédiens forment tantôt des tableaux familiaux joyeux et loufoques, tantôt des concentrations inquiétantes où pulsions et non-dits bouillonnent, sans parvenir à exulter. La pièce passe graduellement d’une ambiance loufoque et sympathique à une ambiance plus de contrainte où l’inquiétude domine. A travers des conversations badines, apparemment ineptes, les préjugés pointent régulièrement, les différences sociales sont soulignées, tout comme la place supposée de l’homme et de la femme dans la société.

Un personnage additionnel apparaît dès le début, alégorie du temps qui passeou de l’auteur qui tire les ficelles. Un anti-auteur pour une anti-pièce qui surprend le spectateur en créant des décalages drôles ou déroutants.

Marqué dans sa jeunesse roumaine par la montée du nazisme, en opposition constante avec un père collaborateur, Ionesco laisse apparaitre dans cette première œuvre son dégoût des oprressions de toutes natures.

Télégramme
6 nov. 2013

« Je suis allé au bout de ce que j’ai appris. C’est un travail conséquent ! », résume David Chic. Créateur d’Arts en scènes et comédien amateur depuis une dizaine d’années, le Vannetais s’essaie pour la première fois à l’exercice de la mise en scène. Un grand saut préparé par deux stages. L’un avec Valéry Rybakov, de Brest, qui lui a donné une attention particulière sur le langage des corps. Et l’autre avec Benoît Bradel, de Rennes, qui l’a amené à réfléchir au décor, en amont, afin d’en faire presqu’un personnage. Restait à trouver une pièce.

Un personnage de plus avec les didascalies

« J’ai fait une proposition qui n’a pas trouvé d’écho ! Mais plusieurs comédiens voulaient jouer « La cantatrice chauve »… ». Alors, le tout nouveau metteur en scène s’est laissé convaincre de monter ce « classique » difficilement classable. Il n’en a pas fait une pièce totalement burlesque, mais l’humour est bien là. Et comme fil rouge, il a choisi de donner une place particulière aux didascalies. « Ces notes étaient si conséquentes que j’en ai fait un personnage », explique David Chic. Ionesco fait constamment référence à une pendule. Elle est incarnée par un personnage qui symbolise à la fois le temps et l’auteur qui manipule les personnages. « Ce qui m’a intéressé dans la pièce, c’est que sous l’apparente façade de banalités et de politesse, s’échangent des vacheries où percent le racisme, l’exclusion… ». Un jeu ambigu, entre pulsion et retenue, qui a donné du fil à retordre aux comédiens. « C’est un gros projet… La pression monte », avouent Marie-Laure Malouines et Olivia Delanoy.

Travail d’équipe

Une pression partagée. « C’est un travail d’équipe » souligne David Chic. « Du peintre Bernard Bouin qui a réalisé l’affiche, à Anne Le Joubioux qui a créé les costumes, Stéphane Le Briand les lumières, Gilles Le Floc’h les décors ou Gaëla Harpen’Co la musique finale ».

Citations

« Ma femme est l’intelligence même. Elle est même plus intelligente que moi. En tout cas, elle est beaucoup plus féminine. »

« Prenez un cercle, caressez-le, il deviendra vicieux ! »

« Quand je dis oui, c’est une façon de parler. »

« Mme Martin: Ce matin, quand tu t’es regardé dans la glace tu ne t’es pas vu. – M. Martin: C’est parce que je n’étais pas encore là… »

« Elle (la pendule) marche mal. Elle a l’esprit de contradiction. Elle indique toujours le contraire de l’heure qu’il est. »

« La vérité ne se trouve d’ailleurs pas dans les livres, mais dans la vie. »

Critique

Mes bavardages « d’après ». Il me faut un peu de temps et de réflexion. Dans l’euphorie qui suit un spectacle bien goûté, il est difficile d’analyser son plaisir…

D’abord, la pièce dans son ensemble : je me disais qu’elle devait être très datée, façon théâtre de l’absurde, refus du théâtre engagé façon Sartre… sans compter le contexte politique, différent, of course.

Et bien, en la regardant, j’ai pris conscience de son actualité : les paroles creuses, les stéréotypes, l’absence de communication réelle entre les personnes, la « langue de bois », le bavardage qui remplace toute parole vraie ; au fait, cette énorme faute de syntaxe très répandue de nos jours, on « communique », alors que ce verbe exige des précisions. On communique quelque chose à quelqu’un, et bien c’est cela dans la pièce : on « communique ». Point. Là, le choix, fréquent m’a-t-il semblé, de la frontalité, sert éminemment le propos. Et un coup de génie : faire redire à la fin le même texte qu’au début, par d’autres personnages. Interchangeables dites-vous ? Oui, quand les mots ne signifient plus rien, chacun peut indifféremment les dire…

Autre excellente idée de mise en scène : les personnages sont donc tous des pantins (et là je salue les acteurs, qui ont su mettre en valeur cet aspect, par leur diction et leur gestuelle, bravo), que Ronan peut manipuler, et ils le veulent, le veulent (les veules…). Donc, pourquoi ne pas interchanger les rôles, et repartir dans un éternel ressassement ?

Ronan (le personnage, œuf corse) peut aussi être manipulé… Et c’est d’autant bien vu que jusqu’alors, c’est lui qui a installé quelque chose qui relève de la durée, dans ses interminables et si lents déplacements, et de l’espace : il a une trajectoire, lui, il n’est pas frontal, il n’est jamais face public. Le spectateur ne sait pas lequel, mais il est clair qu’il a un but (il sait lequel ?). La géométrisation de l’espace, avec ses diagonales, alors que les autres sont dans des « carrés » (sais pas comment dire) dit quelque chose des impasses relationnelles…

Les femmes aussi : changer leurs costumes, riche idée !

Et j’ai adoré aussi : quand Yves et Gwenola se rencontrent, et qu’ils se baisent avant de se reconnaître. On est (je crois) dans l’esprit de Ionesco : ce n’est pas le plus intime hélas qui lie les êtres, c’est la déduction logique, le raisonnement, allons, la comptabilité… ( cf Le logicien dans « Rhinocéros »). Sont-ils liés d’ailleurs ?

Il m’a semblé que l’idée était de tenir ensemble la pure comédie et les accents tragiques : ce que me dit aussi la lumière. J’ai ri ! Les costumes (certains plus que d’autres, Yves). Et je dirai que tout était tenu, vraiment tenu, grâce évidemment aux acteurs ( quelques moments de flottement, rares, ai-je cru cependant ; et pendant que je suis dans la critique, je dirai que le texte n’a pas assez résonné par moments).

Et merci.

Brigitte

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